Les Jaunes

les jaunes limoux

Quelques jours après le lancement de la mobilisation du 17 novembre un peu partout en France, les ronds-points de métropole et d’outremer n’ont pas dit leur dernier mot. Dans de nombreux secteurs ruraux et péri-urbains, les gilets jaunes tiennent la barricade en se relayant, en s’auto-organisant, dans une démarche qui étonne les manifestants eux-mêmes presqu’autant qu’elle agace une bonne partie des commentateurs bien pensants. Après les sourires entendus face à une mobilisation record des réseaux sociaux – « on verra bien si tous ces énervés du clavier auront le cran de sortir » ; après les procès en récupération, en beaufitude ou en nihilisme environnemental (car c’est à présent entendu : le Français moyen-moyen est vulgaire, d’extrême-droite, et jette sans vergogne ses gobelets Mac Do par la fenêtre de sa voiture diesel) ; voici les accusations de nuire à l’économie française – elle qui, il faut le reconnaître, se portait jusque-là à merveille. Ce matin, notre ministre de l’Intérieur nous explique même que les gilets jaunes sont en voie de « radicalisation » (Ciel ! Des ultra-jaunes?), et qu’ils fragilisent le pays face au terrorisme ! N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Après tout, pourquoi s’étonner de ces réactions de la part des porte-voix plus ou moins assumés de ceux-qui-ne-manquent-de-rien? Les chantres de la mobilité en marche, ceux qui ont le bon goût de se déplacer en avion ou en 4×4 hybride, et qui ont lancé sur les réseaux sociaux le hashtag #SansMoiLe17 dans un élan quasi spontané de mépris décomplexé, mêlant indistinctement les grandes leçons d’écologie aux appels à forcer les barrages routiers. Dans le paysage bigarré des attroupements spontanés, le mot d’ordre le plus communément partagé jusque sous les fenêtres de l’Elysée n’est-il pas « Macron, démission ! » ? Il fallait une riposte ambitieuse : c’est de bonne guerre.

On peut en revanche s’interroger sur les échos troublants que cette petite musique a pu trouver chez ceux qui étaient il y a peu ciblés par les mêmes. Je veux parler d’une partie des représentants syndicaux qui ont eu à s’exprimer sur la question, et de certains de mes amis, que je pourrais désigner comme militants expérimentés. Ceux-là qui ont allègrement relayé le fameux #SansMoiLe17 sans s’aviser du fait qu’il s’agissait d’un vecteur assez nauséabond de la propagande gouvernementale, ironisant sur l’improbable concrétisation de la colère numérique en mobilisation physique. Qui, constatant le jour J que leurs pronostics étaient invalidés, ont poursuivi en pointant l’absence d’organisation, et ont crié « On vous l’avait bien dit ! » lorsqu’une manifestante a été tuée sur un barrage par une automobiliste. Comme si eux-mêmes n’étaient pas régulièrement visés par ce genre de comportements dangereux, dans les manifestations pourtant encadrées par les Services d’Ordre expérimentés (un militant CGT en fit la triste expérience le 26 mai 2016 à Fos-sur-mer). Comme s’il n’y avait pas eu sur place, aux côtés des gilets jaunes, un nombre conséquent de gendarmes et policiers tout à fait aptes à assurer la sécurité, hors comportements particulièrement imprévisibles d’automobilistes chauffés à blanc par les appels à rentrer dans le tas. Ceux-là même qui sur les réseaux sociaux entonnent avec panache : « Cher gilet jaune, Lorsque je suis venu te chercher pour défendre les services publics, tu n’es pas venu, tu n’étais pas fonctionnaire… », dans une litanie qui veut renvoyer les néophytes aux heures sombres de la collaboration passive – rien que ça.

Entendons-nous bien : mon propos n’est ni de minimiser l’importance des organisations syndicales, ni d’idéaliser niaisement le mouvement populaire des gilets jaunes. Bien sûr notre histoire sociale doit beaucoup aux organisations syndicales, et leur savoir-faire n’est plus à démontrer (en tout cas pas à moi). Bien sûr les gilets jaunes comptent dans leurs rangs un certain nombre de citoyens hargneux et revanchards, spécialement agressifs à l’encontre des étrangers ou des homosexuels : dénonçons leurs actes avec fermeté. Mais qui peut sérieusement croire qu’il pourrait en être autrement, lorsqu’on regarde en face le paysage social, et la recrudescence de comportements racistes et discriminants au quotidien ? Est-ce une raison pour condamner d’avance la mobilisation populaire et refuser de s’y mêler ? Ce mouvement est divers, il est à l’image de la société française dans ses composantes populaires et moyennes, et ne saurait être exempt de ses aspects les moins glorieux. Mais qu’espèrent les experts en mobilisation sociale, en opposant cette colère à celle des grévistes et manifestants de la loi Travail ou de défense des cheminots ? C’est non seulement absurde mais totalement contre-productif. D’abord parce que beaucoup de celles et ceux qui étaient dans les manifestations perlées, à l’appel des intersyndicales plus ou moins larges, n’ont pas hésité à rejoindre les rangs des gilets jaunes, si l’on veut bien regarder les choses telles qu’elles sont. Ensuite parce que le fait que beaucoup de nos concitoyens, en effet, se mobilisent ici pour la première fois, devrait non seulement les rassurer sur la prétendue indifférence des Français aux attaques gouvernementales, mais surtout les interroger : pourquoi les mêmes n’ont-ils pas eu ce déclic avant, lorsque les très sérieuses organisations syndicales et/ou politiques les appelaient à une révolte labellisée ? Pour ma part, je constate que cette mobilisation séduit justement parce qu’elle est absolument transversale. Aucune bannière ne vient exclure en identifiant les initiateurs – c’est d’ailleurs bien ce qui laisse perplexe les commentateurs. L’emblème du gilet jaune, imposé par le code de la route dans tous les véhicules sans distinction, strictement exempt de tout signe d’appartenance particulière, est un de ces signifiants vides théorisés par Laclau. Et l’on va sur les ronds-points rencontrer un voisin qu’on croisait sans le connaître, tisser des liens de proximité tout en se reconnaissant dans un rejet commun du gouvernement. C’est vague, me direz-vous. Mais c’est justement ce qui permet à tous de s’y retrouver.

gilets jaunes banderole assemblée carca

Le résultat, ce sont des ébauches de comités citoyens, une occupation de ronds-points et de parkings souvent étonnamment organisée et inventive, dont les formes et les rituels sont en train de s’écrire. Des débordements et de vrais dérapages aussi. C’est, dans les zones rurales autour de chez moi, une mobilisation inédite dans la moindre petite ville où rien de tel ne s’était vu depuis Je suis Charlie, avec une détermination évidente dans la durée. Ce sont des gendarmes et policiers qui, bien souvent, travaillent en bonne entente avec les manifestants dans l’esprit des polices de proximité supprimées par Sarkozy en 2003, contrairement à ce qui a pu se passer dans les grandes villes où les bataillons de CRS sont intervenus parfois violemment. Ce sont des riverains qui se relaient même la nuit, qui viennent apporter les croissants ou une soupe chaude à partager, à présent rejoints par les lycéens que l’on disait perdus à tout jamais dans leurs smartphones, dans des secteurs que l’on croyait éteints, et où Nuit Debout n’avait jamais pénétré. Et surgissent certains mots d’ordres au défi de tous les mépris : rétablissement de l’ISF, revalorisation du smic, justice fiscale, souvent aussi défense des services publics. 

Un excellent terreau pour convaincre de l’importance des transports en commun de proximité, ou des structures collectives, pour qui veut bien s’en donner la peine. Convaincre aussi ceux qui se trompent de colère, ce qui est la plus ardue de nos tâches. Sinon quoi ? Continuer à distinguer les colères pour les opposer, se compter par branche et par syndicat,  en espérant marquer des points aux prochaines élections professionnelles ? Et après avoir bien sermonné les manifestants pour leur manque structuration, leur faire la leçon parce qu’ils ne veulent pas défiler sous la bannière de l’inter-syndicale ? L’exemple des Lip à Besançon, entre autres, a montré que lorsqu’elles savaient prendre le train en marche, les organisations traditionnelles avaient tout leur rôle à jouer dans le succès historique d’une mobilisation inventive. Gageons donc que les centrales syndicales et les militants politiques les plus aguerris finiront par aller y voir de plus près et mettront leur savoir-faire au service d’un élan qui pourrait bien marquer l’histoire des mobilisations sociales : ce serait à mon sens la meilleure preuve qu’ils savent entendre les aspirations populaires.

#Macron, l’#Ecologie et les #GiletsJaunes 🌱🚗🛫

Samedi 17 novembre se profile une mobilisation d’une nature inédite et qui pourrait faire date. A celles et ceux qui s’inquiètent que les motifs de cette colère populaire ne soient pas assez purs, je propose un petit résumé des épisodes précédents : 

  • On construit des #CentresCommerciaux bétonnés en périphérie des villes partout en France, pour des enseignes multinationales cotées en bourse, où l’on vend des produits qui ont fait 3 fois le tour de la Terre ;
  • On refuse de réfléchir à des transports publics inter-communaux dans les zones #rurales : trop cher. Chaque foyer est contraint de fonctionner avec 2 véhicules pour les moindres activités quotidiennes ;
  • Du coup les boutiques de proximité mettent la clé sous la porte, on tue les #CentresVilles ;
  • Pendant ce temps on met la #SNCF en demeure de devenir concurrentielle, on étrangle le budget et on casse les statuts, ce qui entraîne une désorganisation profonde du réseau ferré et la fermeture des lignes de proximité ;
  • On encourage les #TransportsAériens ultra-polluants pour les déplacements nationaux, à coup de subventions ;
  • On supprime peu à peu tous les #ServicesPublics de proximité: hôpitaux, poste, tribunaux, écoles, etc.
  • A tous les #chômeurs générés par ces politiques absurdes, on annonce qu’ il faudra qu’ ils acceptent d’aller bosser à 300 bornes, parce que c’est ça la modernité, et que sinon ils seront radiés ;
  • On tire tous les #salaires vers le bas et on précarise les travailleurs à coups d’#ordonnances ou de #49.3.

Et après ?

On explique à tous ces gens qu’ on va augmenter les taxes sur les #carburants pour sauver la planète. Et s’ils bronchent, c’est que ce sont des fachos pas écolos.
Ou comment dégoûter définitivement 90% de la population de tout ce qui touche à l’écologie.
Marre que la question environnementale soit sans cesse récupérée et tordue par Macron : l’écologie n’est ni le faux-nez du libéralisme agressif, ni un signe extérieur de richesse. Elle doit devenir la chose publique parce qu’ elle est l’intérêt général humain.
Marre aussi de la #fiscalité arbitraire déconnectée de toute idée de justice, qui écœure nos concitoyens de toute espèce d’impôt. Commencez par rendre l’#ISF ! Nous voulons un impôt dont on puisse être fiers.
Messieurs Macron et consorts, vous pouvez bien vous enfoncer dans votre mépris nauséabond : il ne vous préservera pas de la colère du peuple.

Battre campagne en zone rurale : un parcours du combattant ?

L’Intérêt Général #03 Les Campagnes – Janvier 2018

Illustration de couverture : Clément Quintard

« Faire campagne » : l’expression trouve son origine dans l’analogie avec le vocabulaire militaire. Et lorsque cette campagne se déploie en zone rurale, la métaphore prend tout son sens : pour le ou la candidat.e et son équipe, la circonscription se présente d’abord comme un vaste territoire à couvrir, alors même que tous les handicaps liés à ce qu’il est convenu d’appeler la ruralité, soigneusement listés dans son programme politique – désertification, éloignement des services publics, absence de couverture médiatique, etc. – lui font très concrètement obstacle. De deux choses l’une alors : soit il dispose de beaucoup de temps et d’importants moyens financiers. Soit il devra s’armer d’une bonne dose de courage et d’inventivité.

Lors des élections législatives de 2017, j’ai eu l’honneur d’être candidate pour la France Insoumise, avec Jean-Didier Carré, dans l’une des circonscriptions rurales les plus étendues de France : la 3ème de l’Aude, qui compte pas moins de 295 communes et 320 bureaux de vote. En quelques semaines, l’analogie militaire allait s’imposer à nous avec une certaine évidence.

Vous verrez du pays !

La 3ème circonscription s’étend sur tout l’ouest du département en une bande de plus de 100 km de long du nord au sud et 3000 km². Le redécoupage opéré par la loi de 2010 eut pour principe d’équilibrer le poids des circonscriptions en nombre d’habitants autour de 215 000 ; aussi les zones de faible densité démographique correspondent-elles à des périmètres d’autant plus larges. En outre, l’étendue se double logiquement de l’absence d’agglomérations conséquentes, qui constitueraient des points de centralité sur ce territoire. La première difficulté consiste donc à identifier des lieux de convergence géographique sur l’ensemble de la circonscription, pour aller à la rencontre des électeurs. Vingt réunions publiques furent programmées entre le 9 mai et le 8 juin, soit une réunion chaque jour ouvrable. Un plan de campagne particulièrement ambitieux pour un binôme de candidats composé de deux actifs à plein temps et parents de jeunes enfants. Finir sa journée de travail, faire une à deux heures de trajet parfois jusqu’à un village niché au bout d’une route de montagne pour animer une réunion publique, rentrer chez soi à une heure avancée de la nuit : la campagne fut d’abord une épreuve physique.

Déserts

Et pourtant même à ce rythme, des pans entiers de la circonscription échappent, et l’on ne touche qu’une certaine catégorie d’électeurs relativement politisés – celles et ceux susceptibles de se déplacer pour une réunion politique. Il fallait donc envisager d’autres façon de s’adresser aux citoyens éloignés de la chose politique. Méthode d’éducation populaire, le « Porteur de parole » consiste à poser aux passants d’un lieu piéton une question large, faisant appel à leur expérience personnelle ; un moyen de réhabiliter l’espace public comme espace politique. La question « Et si vous proposiez une loi ? » , posée sur les marchés ou lors de nos assemblées, a mis en évidence le large panel des thèmes qui préoccupent les habitants de cette circonscription rurale : ceux liés à la ruralité ( mobilité, services publics, chômage, agriculture, etc.) mais aussi des problématiques institutionnelles, économiques, sociales et environnementales beaucoup plus larges.

Or pour mettre en place de telles actions, nous butions sur la raréfaction des lieux de fréquentation piétonne. Car la désertification des centres de petites villes et des villages, largement aggravée par l’implantation systématique de zones commerciales périphériques, limitent toujours davantage les lieux de passage : ceux-ci se cantonnent de plus en plus aux supermarchés – terrains privés où le militantisme politique n’a guère sa place. Quant aux traditionnels marchés, de nombreuses communes adoptent un règlement spécifique interdisant tout prosélytisme politique dans la zone marchande. Les lieux d’expression et de débat démocratique disparaissent ainsi insensiblement de l’espace social, et plus cruellement encore dans les zones rurales.

Nous sommes nos propres médias

Autre conséquence de cette dissémination en petites communes : la 3eme circonscription de l’Aude constitue un véritable désert médiatique. Rédactions de PQR, télévision, radios, se concentrent sur les villes de Carcassonne et Narbonne, épicentres des deux autres circonscriptions du département. La nôtre passait ainsi sous les radars, à quelques exceptions près ; et contrairement aux candidats des deux autres circonscriptions audoises, aucun débat public ne nous fut proposé. C’est sans doute l’une des plus grandes frustrations de cette campagne : n’avoir pas pu confronter publiquement nos programmes et arguments avec ceux des autres candidats. Le seul reportage (6 minutes au total) faisant intervenir les 6 principaux candidats de la circonscription fut effectué par France 3 Occitanie, venue nous observer au titre… de la ruralité. Cette situation profitait naturellement au candidat du PS, André Viola qui, président du Conseil Départemental et donné favori de longue date dans ce dernier bastion vallsiste, était suivi de près par les médias en sa qualité d’élu, menant sur son temps de mandat une campagne qui ne disait pas son nom, et visant en particulier les élus locaux selon de vieilles pratiques clientélistes. On peut supposer aussi que la situation ne pénalisait guère la candidate du Front National, surfant sur le battage médiatique national : comme beaucoup de territoires ruraux, l’Aude avait porté le FN en tête au premier tour des présidentielles.

Jean-Luc Mélenchon était arrivé second. Et il faut souligner que la mobilisation audoise a d’abord eu lieu dans le cadre de la présidentielle, véritable propulseur de la campagne législative. La dimension nationale de cette dernière fut un point d’appui déterminant, en particulier de par les médias alternatifs développés par la France Insoumise.

Le nerf de la guerre

Il faut un courage peu commun pour accepter le poste crucial – et bénévole – de mandataire financier dans une telle circonscription. Car tout cela a un coût : celui de l’impression des affiches et des tracts, celui des nombreux kilomètres parcourus par les afficheurs – bénévoles aussi – qu’il faut pouvoir dédommager. Sur ce point d’ailleurs, notons que le plafond de dépenses autorisé est fixé au pro-rata du nombre d’habitants que compte une circonscription : on peut se demander s’il ne serait pas légitime d’intégrer davantage dans ce calcul le nombre de bureaux de votes par exemple, pour tenir compte des kilomètres à financer. Aucune entreprise n’accepte d’ailleurs de couvrir les panneaux officiels, tant le prix facturé en serait exorbitant. Quoi qu’il en soit il n’était pas question pour nous de nous aventurer dans les hauteurs de ces plafonds budgétaires : la banque – toute coopérative qu’elle fût – nous ayant refusé le prêt sollicité, nous avons mené une collecte de fonds citoyens, essentiellement au cours de nos réunions publiques. Et la démarche s’est avérée efficace. Les dons et prêts ont été généralement modestes mais suffisamment nombreux pour récolter au total plus de 17000 €, avec la satisfaction de n’avoir pas versé un sou au système bancaire.

C’est donc bien la mobilisation citoyenne et populaire qui a porté notre campagne, et nous a finalement permis de surmonter les difficultés propres au profil de la circonscription. Personne ne se serait risqué à parier sur un tel afflux, dans un secteur caractérisé par un certain essoufflement militant : absence de d’établissements universitaires, taux de chômage élevé et paupérisation, distances géographiques, étouffoir d’une baronnie PS omniprésente… autant de raisons de voir les citoyens des zones reléguées de l’Aude se détourner de la chose politique. Or, chose inédite, au lendemain du 1er tour de la présidentielle, le nombre de membres actifs investis dans notre campagne a presque doublé en trois semaines, pour atteindre 250. Souvent novices en politique, il n’en étaient pas moins déterminés et efficaces dans leur implication, ce qui a permis un maillage serré de la circonscription : chaque secteur géographique s’est vu doté d’un insoumis-relais, chargé de la communication locale – en particulier l’affichage officiel. La carte de circonscription punaisée au-dessus du bureau de notre directeur de campagne ressemblait assez à celle d’un État-major ; mais si la métaphore militaire peut être pertinente, c’est dans les pages d’Hommage à la Catalogne d’Orwell qu’il faudrait aller en chercher l’inspiration : une armée de citoyens volontaires et conscients, attachés à l’égalité républicaine – égalité que contredit sans cesse la fracture territoriale.

Mener campagne en zone rurale engage donc d’emblée notre action politique dans la construction d’une force populaire : il faut faire peuple pour y faire campagne. Malgré une belle percée (14,75 %, tandis que le binôme PCF-EELV obtenait 3,16 % des voix : de quoi nous hisser aux portes du second tour), nous n’avons pas remporté cette bataille ; mais dans les coins les plus reculés de notre vaste circonscription, le réseau d’insoumis est à présent établi et prêt à mener les luttes locales ou nationales : un désenclavement des insoumissions, en somme.